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INTERVIEW
REPORTAGE
Education : Jeunes, ils rêvaient toujours de l'uniforme (Par Jean Rovys DABANY)
 
LIBREVILLE (AGP) - Julie Pambou, Ousmane et Luc Medome viennent d'horizons différents. Ils se sont rapprochés grâce à l'école. Tous rêvaient toujours de porter l'uniforme, mais la grève des enseignants les désolent : ''Il n'y a aucun prof depuis hier (lundi), ce n'est pas bien ce qu'on font les enseignants'', disent-ils.

Vivant avec ses parents à la STFO, un quartier populaire de Libreville, Julie, 12 ans, a fait ses études primaires à l'école de Mont Bouët 1, où elle a été admise en 6e au lycée Léon Mba, un des plus importants de Libreville. Ousmane a 13 ans, il a grandi et passé son cycle primaire à NKembo, dans le 2ème arrondissement. Luc quant à lui, est né en 1998 et habite Okala, un quartier situé au nord de la capitale.

Le trio ne se connaissait pas, mais avait toujours rêvé de porter un uniforme : minijupes et pantalons bleus, chaussés de baskets, ils tournent dans la cour du lycée en attendant une improbable arrivée des professeurs.



Les premiers au lycée

Leurs premières réactions au premier jour de leur arrivée au lycée sont entrecoupées d'un rire irrépressible : ''ça me fait mal et puis, je n'ai pas envie de reprendre la 6e. Ce n'est pas un bon départ pour nous qui sommes nouveaux'', s'inquiète déjà Julie avant de poursuivre, ''j'ai eu ma tenue et on nous dit qu'il n'y a pas cours''.

''Il n'y a personne, pas même un prof, le proviseur nous a dit de rentrer en classe. Et là, on nous dit encore de venir demain, mais c'est l'argent du taxi qu'on dépense'', fulmine en face Luc Medome, le nouveau collègue de classe de Julie à qui, il va désormais se familiariser dans cet univers encore inconnu.

Assis sous l'avenant d'une épicerie, Robert Kassa, 13 ans, avait toujours voulu apprendre à côté de l'établissement, situé à quelques mètres de leur domicile. Mais, il a été admis au lycée Léon Mba à cause des moyennes obtenues en classes et de son âge. Le lycée Léon Mba est considéré par le ministère de l'Education nationale comme un des établissements ''d'excellence'', en même temps que le lycée Nelson Mandela.

''Ce sont des jeunes qui ont un bel avenir et qui montrent au mieux qu'ils servent de pont entre eux et nous'', admet Cathy, 18 ans, élève en classe de terminale. ''On est grand, c'est vrai, même si on ne porte pas de plumes !'', ironise-t-elle en faisant allusion à plusieurs de ses anciens camarades de classes qui ont passé 3 à 4 fois le baccalauréat sans succès.

''Une nouvelle génération (en parlant de ces jeunes, ndlr) avec de nouveaux élites de demain est extrêmement importante'', commente volontiers un autre élève de terminale, à quelques mètres de là.

''Elle a tout qu'il faut pour commencer les cours'', se réjouit Arlette, 36 ans, venue d'Okala, à plus de 5 kilomètres du lycée, encourager son fils de 11 ans surnommé Michael Jackson - parce qu'il aime les chants du ''roi de la pop'' - décédé brutalement le 25 juin dernier.


D'autres élèves sont souvent accompagnés d'un proche parent

Michael Jackson (de son vrai nom Laurel Obame) se sent ''vraiment bien'' maintenant, dit-il entouré de l'une de ses soeurs et d'un nouvel ami qu'il vient de connaître. ''J'ai toujours rêvé de porter la tenue du lycée, je me sens vraiment bien'', renchéri-t-il, avant de se diriger vers un stand à saucisses où s'agglutinent plusieurs jeunes.

Laurel Obame n'a pas pour autant coupé les ponts avec ses anciens copains de l'école primaire. Si ses amis du quartier sont enthousiasmés à l'idée de le voir porter l'uniforme, d'autres par contre l'envient, raconte le jeune, uniforme ajusté.


Les plus grands lycées touchés, eux aussi, par le mouvement de grève des enseignants

Le lycée Léon Mba et le lycée d'Etat, deux importants établissements secondaires de Libreville sont touchés par la grève des enseignants, qui réclament des primes. Le mouvement paralyse aussi les écoles primaires publiques, où la grève est ''très suivie'' à travers le pays, selon les syndicats.

Les enseignants réclament le ''paiement d'arriérés de salaires, ainsi que le paiement des salaires des nouveaux professeurs''. A l'appel de la Convention nationale des syndicats du secteur éducation (Conasysed), les enseignants s'étaient déjà mis en grève l'année dernière pendant plusieurs mois.


Des enseignants toujours inflexibles, malgré des avancées

A l'issue d'une rencontre avec le gouvernement, ils avaient finalement décidé de suspendre ce mouvement après des concessions faites par les autorités, concédant une prime d'incitation à la carrière d'enseignant qui va de 60.000 F CFA à 100.000 F CFA, selon les catégories.

Une allocation de rentrée scolaire avait aussi été octroyée à tout agent de l'Etat, soit 62.500 F CFA contre 25.000 auparavant.

On rappelle que le régime des enseignants recrutés avant 1991 est nettement plus avantageux que ceux engagés après cette année.

Jean Rovys DABANY
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