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| Julien Nkoghe Bekalé : ‘’le projet Belinga se fera avec la Chine, mais les contours du contrat seront réexaminés’’ |
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Le projet d’exploitation du gisement de fer de Belinga suscite beaucoup d’espoir pour le Gabon, au regard notamment des retombées économiques et sociales attendues. Dans l’interview réalisé par Gabon Matin, le ministre des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures, lève l’équivoque sur la confusion entretenue autour de ce vaste chantier, mais parle aussi de son niveau d’avancement, ainsi que de bien d’autres questions relevant de son département.
Propos recueillis par Alexis Koumba
Gabon Matin : Une certaine confusion règne dans l’opinion au sujet de la convention d’exploitation du gisement de fer de Belinga. Qui des chinois et des brésiliens sont finalement adjudicataires de ce projet ?
Julien Nkoghe Bekalé : Je vous remercie pour l’occasion que vous vous me donnez d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur ce projet qui tient à cœur le Président de la République et autour duquel, je vous le concède, pas mal de fausses informations ont circulé, induisant par conséquent en erreur de nombreux gabonais et amis du Gabon. La société brésilienne CVRD et un consortium chinois emmené par la CEMEC ont présenté au Gouvernement deux offres concurrentes mais techniquement équivalentes. Les premiers se proposaient de construire la mine pour son exploitation laissant à l’Etat le soin de rechercher d’autres partenaires internationaux, pour la réalisation des infrastructures indispensables au développement de la mine. Les seconds garantissaient à l’Etat, en plus de la consommation de toute la production, la réalisation des infrastructures afférentes à l’exploitation du gisement de fer, à savoir le port de Santa Clara, une ligne de chemin de fer, le barrage hydroélectrique, le tout avec des fonds publics chinois. Le choix de l’Etat s’est porté vers la solution chinoise. C’est ainsi que le 24 mai 2008, devant le défunt Président de la République Omar BONGO ONDIMBA, la convention minière a été signée au palais présidentiel entre les parties gabonaise et chinoise .Depuis cette date, en dépit des lenteurs et blocages observés de part et d’autres, il n’y a eu aucune dénonciation de contrat. Belinga se fera avec la Chine, c’est une question de principe .Le Gabon qui tient à sa vielle et longue coopération avec la Chine ne reniera ni ses engagements, ni son amitié avec ce pays, ses dirigeants et son peuple.
GM : Où en est-on justement avec ce projet de valorisation et d’exploitation du gisement de fer de Bélinga ?
J.N.B. : Il est important de rappeler que c’est en juin 2006 que la réalisation du grand projet de Belinga a été attribuée à la Chine par l’Etat Gabonais, avant la signature de la convention minière deux ans plus tard devant le défunt Chef de l’Etat. Depuis cette date, qu’est-ce que nos partenaires chinois ont fait? Pas grand-chose, me diriez vous, au regard du chronogramme de réalisation initialement annoncé. Tout juste citerions- nous, la création le 5 novembre 2007 de la COMIBEL, la Compagnie Minière de Bélinga dont l’actionnaire majoritaire, la CEMEC, a entrepris des études visant à valider toutes les études mises à sa disposition par le Gouvernement. A ce jour, des études ont été réalisées sur la mine, la voie ferrée et le port. Les études relatives à la construction du barrage ont pris du retard suite à l’arrêt des travaux d’aménagement de la route permettant l’accès aux chutes de Kongou. En décembre dernier, la partie chinoise nous a remis l’étude de faisabilité, en attendant l’étude d’impact environnementale de ce projet qui demeure jusque-là au point mort, en raison des lenteurs et des pesanteurs imputables aux deux parties. Maintenant, et vous le savez, la mise en œuvre de Belinga a également subi les critiques, observations et réserves souvent fondées, d’une bonne partie de l’opinion gabonaise : organisations de la société civile, ONGs environnementales, partis politiques, Représentation Nationale. Et comme le Gabon est une République ou le principe de ‘’Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple’’ a tout son sens, sur instruction du Président de la République lui-même élu du peuple, et prenant en compte les avis du peuple souverain, le Gouvernement a décidé d’inviter à nouveau autour d’une table la partie chinoise, afin de réexaminer tous les contours du projet. Un réexamen consensuel qui permettra de déterminer les obstacles et lever les blocages de ce projet, qui demeure une priorité du Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba. La semaine dernière, j’ai personnellement lancé les travaux d’une commission interministérielle créée par un arrêté du Premier Ministre Chef Gouvernement le 18 décembre dernier, dont la mission est d’identifier et analyser les points de réexamen. L’objectif étant d’arriver à un projet réaliste et équitable, qui inscrive les relations entre la Chine et le Gabon dans un partenariat Gagnant- Gagnant.
GM : Le sous-sol Gabonais fait ces derniers temps l’objet de beaucoup de convoitise, comment se fait la délivrance des permis d’exploration et d’exploitation dans ce domaine ?
J.N.B. : Il est indispensable de distinguer les autorisations de prospection des titres miniers que sont les permis de recherche, des permis d’exploitation. La délivrance de l’autorisation de prospection du permis de recherche ou du permis d’exploitation est régie par la loi. Les demandes sont adressées au Ministre des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures qui les transmet à ses Services compétents pour un avis technique, qui consiste à évaluer les capacités financières et techniques du demandeur, et à s’assurer de la disponibilité de la zone sollicitée. Par la suite, le Ministre des Mines signe un arrêté d’autorisation de prospection, avant la signature par le Président de la République du décret d’exploitation ou de concession minière. Cependant, dans un souci d’efficacité de l’action publique et dans le seul cas des permis de recherche, il peut arriver que le Ministre des Mines du Pétrole et des Hydrocarbures signe une autorisation provisoire portant attribution du permis de recherche sollicité, afin que l’entreprise puisse démarrer les travaux, en attendant la signature du décret. Toutes ses dispositions sont bien entendu contenues dans notre code minier. Maintenant, la terre est confrontée depuis quelques années à une menace planétaire aux conséquences incalculables et dramatiques : les changements climatiques. La question de la protection de l’environnement menacé par une industrialisation incontrôlée nous impose de tenir compte du Développement durable. Tout investisseur intéressé par l’exploitation des richesses du sous-sol gabonais doit, plus que par le passé, se soumettre à la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social.
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GM : A considérer les résultats des recherches minières et géologiques récemment restituées par le BRGM, le sous-sol gabonais regorge d’énorme richesses minières et géologiques encore inexploitées. Comment le Gouvernement compte gérer et promouvoir tout ce potentiel minier ? Quels sont les indices de minerai retrouvés sur le terrain ?
J.N.B. : Dans son projet de société ‘’l’Avenir en Confiance’’, le Président de la République Ali Bongo Ondimba a défini trois piliers sectoriels dont le ‘’Gabon Industriel’’ qui s’appuiera sur la valorisation locale de nos matières premières. Conscient du potentiel minier et géologique du pays et de l’impact économique certain, notamment à l’intérieur du pays, que représente l’industrie minière, le Gouvernement réaffirme le caractère porteur de ce secteur dans la diversification du tissu économique. En tant que Ministère des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures, nous avons un rôle de facilitation et de promotion des investissements dans ce domaine .Nous nous employons dans cette optique à établir un cadre juridique, législatif et fiscal attractif et sécurisant pour les investisseurs. Les orientations stratégiques de la nouvelle politique minière consistent à confier au secteur privé la mission de développer l’industrie minière, avec l’accompagnement et l’encadrement de l’administration, dans l’équité, la transparence et la bonne gouvernance. Nous allons également nous atteler dans le cadre du nouveau code minier à intensifier la promotion, l’encadrement et l’assistance aux exploitants artisanaux. Les recherches réalisées par le BRGM, le Bureau français de Recherches Géologiques et Minières, sur 25.000km2 de notre territoire, ont permis non seulement de confirmer le potentiel aurifère des districts déjà connus, mais aussi d’en découvrir de nouveaux. Toutes les informations compilées dans la base de données réalisée par le SYSMIN indiquent que le Gabon regorge de matières rares et métaux précieux comme le nickel, le plomb, l’étain, le cuivre, le diamant, le niobium et bien d’autres, qui peuvent constituer des opportunités d’affaires pour les investisseurs.
GM : Quelles sont les priorités de votre département ministériel pour 2010 ?
J.N.B. : Dans la vision stratégique du Gabon Emergent, le Ministère des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures occupe une position centrale. L’année 2010 va représenter historiquement, politiquement et émotionnellement une année charnière pour les anciennes colonies africaines qui vont célébrer le cinquantenaire de leurs indépendances. Notre pays le Gabon en fait partie. Le Ministère dont j’ai la charge s’emploiera, avec d’autres, à y apporter une dimension économique et industrielle à travers la réalisation de certains chantiers prioritaires comme le projet de Bélinga. Nous citerons aussi la révision du code minier sur la base des connaissances disponibles et des réalités économiques actuelles, afin de le rendre plus attractif et dynamiser le secteur. 2010 c’est aussi la mise en place d’un code des hydrocarbures. Un comité technique de rédaction a commencé ses travaux la semaine dernière. Nous comptons cette année procéder à la création de la SNH, la Société Nationale des Hydrocarbures. Les textes fondateurs de cette entreprise publique sont en cours de finalisation. Son rôle sera de permettre à terme à l’Etat de maîtriser son industrie, sa production et ses recettes pétrolières. Autre chantier pour 2010, la mise en production de la mine d’or de Bakudu près de Bakumba, qui va marquer le démarrage de l’aventure aurifère industrielle dans notre pays. Enfin deux grands rendez-vous promotionnels : l’organisation d’une Conférence Internationale de promotion minière du Gabon au dernier trimestre de l’année, et le lancement en mai, du 10e appel d’offre international qui concernera 40 blocs pétroliers en offshore profond et très profond.
GM : Peut être un détail sur lequel vous aimeriez insister, autrement dit votre mot de fin ?
J.N.B. : J’aimerai insister sur un élément majeur, capital pour la mise en œuvre du Gabon Emergent, c’est la ressource humaine .Dans la conduite et la gestion participative de cette vision, il y a le chantier permanent de la consolidation du dialogue social constructif avec les partenaires sociaux, les agents de mon administration, et les partenaires économiques que sont les entreprises pétrolières et minières. Avec les premiers, il est indispensable d’assurer dans la sérénité la motivation et le rendement des agents d’un ministère qui produit plus de 60% de la richesse nationale .Avec les seconds, il nous faut instaurer des relations marquées du sceau de l’équité, de la transparence et de la bonne gouvernance, afin de préserver leurs intérêts et ceux de l’Etat Gabonais. Convaincu que nous partagerons ensemble, les succès comme les échecs de notre mission commune, j’ai la ferme ambition de construire avec les uns et les autres, une relation de confiance.
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