Lutte  contre la corruption et l’enrichissement illicite au Gabon: éviter une opération spectacle ! 

18-11-2019

En collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le gouvernement avait lancé, le 11 novembre 2019, une campagne de sensibilisation sur la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. Mais au regard des premières opérations enclenchées, il y a quelques années et jugées sans suite, les résultats attendus de cette énième campagne de sensibilisation laissent dans l’expectative.  
 
Lancée le lundi 11 novembre dernier par le Premier ministre gabonais, Julien Nkoghé Békalé, la campagne de sensibilisation sur la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite a suscité  un intérêt certain de l’opinion. Les objectifs de ladite campagne sont clairement définis : promouvoir les valeurs de probité et d’intégrité dans la gestion des affaires publiques, susciter l’implication et l’adhésion de divers acteurs dans la croisade contre la corruption et l’enrichissement,  et  présenter au public les missions et le fonctionnement de la Commission nationale de Lutte contre la Corruption et l’Enrichissement illicite (CNLCEI).
 
Mais, la grande crainte des différentes cibles est que cette opération  demeure seulement au stade des effets d’annonces comme cela est devenu une tradition dans plusieurs chantiers du genre engagés par l’Etat. En effet, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, qui dirige cette opération en collaboration avec le PNUD et le ministère en charge de la Promotion de la Bonne gouvernance, devrait cette fois-ci aller jusqu’au bout, afin d’atteindre l’objectif  principal qui est celui de réduire, sinon éradiquer  la corruption et  l’enrichissement, deux fléaux qui gangrènent le fonctionnement politique, économique et social du pays depuis plusieurs années. 

Dans son discours de lancement de la campagne, le Premier ministre gabonais avait annoncé que chaque membre du gouvernement se soumettra à la déclaration des biens dès ce lundi 18 novembre. Cette annonce, considérée pour la majorité de l’opinion comme du «déjà entendu», mais sans résultats, suscite de l’espoir quant à sa concrétisation. 

Il n’est pas question  de donner l’impression au chef de l’Etat et à la communauté internationale que le Gabon est engagé dans la promotion de la Bonne gouvernance. Il faut d’abord faire en sorte que les déclarations faites à la CNLCEI soient conformes aux biens que les déclarants détiennent réellement. Car, il se dit que les déclarations de biens, initiées 16 ans après la création de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite,  ne cadrent pas avec la réalité.  

Ensuite, que les enquêtes suivent afin de savoir si réellement les biens déclarés ont été acquis de manière objective. Cela est d’autant plus important, dans la mesure où, nombreux sont des compatriotes qui disposent des grandes fortunes, de meubles et immeubles dont l’acquisition ne cesse de susciter des interrogations au sein de l’opinion. Concrètement, le procureur de la République, qui reçoit les dossiers une fois l’enquête bouclée, est attendu dans le déclenchement  de l’action publique. D’autant plus que  la CNLCEI  ne cesse de  transmettre ses rapports  chaque année, depuis sa création, il y a seize ans.  

La CNLCEI, après avoir revisité ses textes pour les coller à une législation conforme aux conventions internationales, opérante et contraignante, devrait avoir les coudées franches et voir ses missions élargies dans l’objectif de  veiller à l’aboutissement des dossiers transmis. Car, l’une de ses faiblesses aujourd’hui est qu’elle se limite seulement à la transmission des dossiers traités.  Elle  travaille en étroite collaboration avec les entités concernées aussi par la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite à savoir la Cour des comptes, l’agence nationale d’investigation financière (ANIF), sous l’autorité du ministère en charge de la Bonne gouvernance. Le tout couronné par une action de communication bien combinée, dans l’optique d’une prise de conscience des  populations sur non seulement l’étendue du phénomène, mais aussi les actions menées pour combattre ce fléau. Au regard de l’atonie constatée dans la répression,  la corruption et l’enrichissement illicite semblent être devenus quasiment légaux au Gabon, en référence aux scandales constatés au fil des années.                   

De plus, il faut que toutes les parties concernées par la question fassent  preuve de détermination pour que la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite soit une réalité.  Cette détermination devrait être motivée par l’impact des deux fléaux dans le développement du Gabon, tiré vers le bas. Selon le classement 2018 de l’ONG allemande Transparency international sur l’indice de perception de la corruption, le Gabon occupe la 124ème place sur 180 pays dans le monde.  

L’autre source de motivation se donne à lire sur la  nécessité de renverser la tendance quant à  la crise de confiance qui s’est installée entre les gouvernants et les gouvernés. Les derniers cités étant victimes de pratiques de la mal gouvernance orchestrées à travers des actes de corruptions et d’enrichissement illicite  restés  jusqu’à ce jour presqu’impunis.

Aussi, la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite ne doit pas être un jeu. Encore moins une énorme scène de théâtralisation  avec  des actions cosmétiques. Mais plutôt, un acte républicain dont les racines obèrent toutes les actions de développement initiées par les autorités. 

Enfin, c’est aussi un challenge pour  le Gabon vis-à-vis  des engagements pris au niveau international  en adhérant aux objectifs de développement durable (ODD) initiés par les Nations unies en vue d’atteindre la Bonne gouvernance. 

Stéphane Nguéma       
  
 
     
 
  


    


    


        

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